Pages Michel Chéoux                       MATHET Sculpteur

 

 

DOMINIQUE LOUIS MATHET

Sculpteur et Ami d’Auguste RODIN.

 Avertissement. 

Les informations présentées sur la carrière et la vie de Dominique Louis MATHET, ci-après sont extraites de « La Revue des Hautes-Pyrénées », n°1 de janvier- février 1922 – article de Louis CADDAU, qui m’a été aimablement communiquée par le bureau des Archives de la Mairie de Tarbes ainsi que par M. André NOGARO, historien et généalogiste d’Argelès-Gazost, que je remercie.

M. Michel SAUVEE de Tarbes m’a aidé à lever le voile sur l’ambiguïté du prénom de naissance d’ADOLPHE  et usuel de PIERRE LEON MATHET (voir ci-après) qui sont un seul et unique personnage.

 La généalogie qui suit est le fruit du travail et des recherches de Michel CHEOUX (e mail :  michel.cheoux@orange.fr), auquel M. Michel SAUVEE de Tarbes a participé ponctuellement.

 Dominique Louis MATHET  

Il est né à LALOUBERE (Hautes Pyrénées) le 20 novembre 1853. Et non à Tarbes comme cité dans certains documents officiels.

Il épouse Rosalie BEGARIE, née le 29 avril 1859 à Argelès-Gazost, le 7 juin 1879 à Tarbes.

Il décède à PARIS le 22 avril 1920, âgé de 67 ans.

Rosalie BEGARIE est la fille de Louis BEGARIE (appelé Jean-Sylvestre) décédé à LOMBEZ le 22 juin 1859 et de Claire LARENG, née à Saint-Pé de Bigorre en 1832, décédée le 6 mars 1878 à ARGELES-GAZOST (microfilm 5MI 246 et 247 ADHP). Leur mariage n’a pas été trouvé à St Pé de Bigorre.

Rosalie aura un frère Pierre BEGARIE, né à LEZIGNAN (Hautes Pyrénées) le 17 août 1854, marié à Félicie-Pauline PLANTE, née à AYZAC-OST le 19 juillet 1858. Mariage célébré le 18 février 1882 à Saint-Pé de Bigorre.

Le père de Félicie-Pauline est Jean-Marie PLANTE, 53 ans, et sa mère est Adolphine CAZENAVE (filiation notifiée sur l’acte de mariage).

 

La généalogie  de Dominique Louis MATHET.

Ses parents :

 Il est le fils d’ Adolphe MATHET (qui sera prénommé Pierre Léon) né le 12 novembre 1827 à Bordères (sur l’Echez) et de Anne DUMONT née le 18 septembre 1831 à LALOUBERE, mariés le 2 février 1853 à LALOUBERE, dont contrat de mariage passé le 9 janvier 1853 chez le notaire GEY à Tarbes.

Il aura une sœur Marie-Apolonie MATHET née le 11 septembre 1855 à LALOUBERE.

Le père d’Anne DUMONT est Dominique DUMONT, cultivateur ; sa mère est Domenge CAZAUX, ménagère, domiciliée  à LALOUBERE.

 Ses aïeux:

Adolphe (ou Pierre-Léon) MATHET est le fils de Guilhaume MATHET, né le 18 février 1782 à BORDERES (sur l’Echez) et de Elisabeth DANTIN JEANPERRIN née le 7 février 1782 à Bordères (sur l’Echez). Leur mariage est célébré dans la même commune le 5 février 1807.

Adolphe aura 3 frères et 3 sœurs, à savoir :

Romain né le 20 juin 1811 à Bordères,  Dominique né le 18 septembre 1813 Bordères,  Marie-Rose née le 12 juin 1816 à Bordères, Jeanne née le 16 janvier 1820 à Bordères , Geneviève née le 22 février 1822 à  Bordères , Jean  né vers 1825 à Bordères, et enfin le dernier, Adolphe le 12 nov. 1827.

Le père d’Elisabeth DANTIN JEANPERRIN est Jean-Pierre DANTIN JEANPERRIN décédé le 27 frimaire de l’An III à Bordères (sur l’Echez) et sa mère est Marie DANTIN.

Ses bisaïeux:

Guilhaume MATHET est le fils de  Jean MATHET né le 10 septembre 1740 à ORLEIX, et de Jeanne DARRIEUX née vers 1851, décédée le 3 frimaire de l’an XII à BORDERES (sur l’Echez), mariés le 5 février 1771 à Bordères (sur l’Echez) - dont contrat de mariage du 24/1/1771 passé chez le notaire BARBEE (Dutilh et Latapie – cote 3 E 23).

Guilhaume aura 4 frères et 2 sœurs, à savoir :

Jean né vers 1772, Jeanne née le 30 octobre 1774, Jean-Marie né le 16 octobre 1776, Guilhem né le 18 juin 1780, Guilhaume en 1782, Luc vers 1785, et enfin  Jeanne-Marie vers 1791.

 Ses trisaïeux :

Jean MATHET est le fils de Guillaume MATHET né vers 1715 et de Françoise BARRERE, née vers 1715.

Ils donneront à Jean, 2 frères et 1 sœur, à savoir :

Jean BARRERE né vers 1730, Marie BARRERE née vers 1732, Jean MATHET né le 29 mars 1736 à ORLEIX , et enfin Jean né en 1740.

 A partir de cette génération, la trace Guillaume MATHET se perd. Il est difficile de savoir où il est né et qui sont ses parents et ancêtres.

 Les diverses branches MATHET, découvertes au cours de cette étude, sont les suivantes :

Branche MATHET d’ARRENS –  connue jusqu’à 1753, mes ancêtres (Argentine),

Branche MATHET de CAIXON / NOUILHAN – connue 1650 environ (Argentine),

Branche MATHET de BORDERES / LALOUBERE / ORLEIX – connue 1715 (sculpteur)

Branche MATHET de BARRY – non étudiée. Recherches à faire.

Questions : Ces 4 branches ont-elles des liens entre elles ? Quelle est la branche mère ? Qui est l’ancêtre ? Auraient-elles plusieurs origines ?

Les recherches à venir et les éventuelles découvertes permettront t-elles de faire des liaisons attendues ?

 

La carrière artistique de Dominique Louis MATHET d’après André Nogaro.

Dominique Louis portera le nom d’artiste de LOUIS MATHET.

Il débute comme apprenti chez le sculpteur tarbais MENVIELLE, puis il passe chez NELLI, DESCA et MENGUE, ensuite chez GERUZET à Bagnères de Bigorre.

Durant ce séjour bagnérais, il suit les cours de dessin  et de modelage chez JOURNES, un maître qui forma de nombreux élèves remarquables.

Puis il part jusqu’à Poitiers avec un compagnon de travail, DE BARROS, et monte à Paris où un parent l’accueille, qui lui facilite les débuts dans la capitale.

Il travaille pour quelques sculpteurs émérites et se présente à l’Ecole des Beaux-Arts.

Il suit les cours le matin et travaille l’après-midi. Il rencontre et se lie avec Agathon LEONARD, l’auteur des célèbres Petites Danseuses modelées par la Manufacture de Sèvres.

Un maître, Eugène GUILLAUME, membre de l’Institut, Directeur de l’Ecole des Beaux-Arts, qui devint enfin Directeur de l’Ecole française de Rome, lui offrit de remplacer son chef d’atelier récemment décédé.

A la mort de GUILLAUME, Auguste RODIN l’attira chez lui car il en avait besoin. Mais LOUIS MATHET a voulu  garder son indépendance avec la possibilité de créer à son tour.

 

D’après la Revue des Hautes-Pyrénées de janvier 1822 :

Après ESCOULA, mort en 1911, après DESCA qui succomba en 1918, Louis MATHET s’est éteint le 22 avril 1920. Il est le troisième collaborateur de l’œuvre collective admirable qu’est la fontaine DUVIGNAU (qui se trouve sur la place Marcadieu à Tarbes)

Louis MATHET est un homme modeste et bon, qui ne peut avoir d’ennemis. Et pourtant, l’affaire des faux RODIN démontre qu’il en avait.

Il a servi son pays comme soldat au 8è Hussards de 1871 à 1878. Cinq années perdues pour ses études, au bout desquelles, sous-officier, il revient à Tarbes et se marie le 7 juin 1879.

Il revient à Paris, et rencontre E. GUILLAUME qui lui propose de travailler pour lui, ce qu’il accepte.

Puis il travaille pour lui. Il loue un atelier d’où sortent nombre de bustes et de statuettes qu’il expose au Salon des Artistes Français.

GUILLAUME décédé, Auguste RODIN lui fait des offres séduisantes, lui fait porter une œuvre à terminer. Très satisfait, RODIN veut l’attacher à tout prix. Louis MATHET s’en défend, veut conserver indépendance et liberté. Il continue à travailler pour le maître jusqu’à la mort de celui-ci, le 17 novembre 1917.

 L’affaire des faux RODIN.

Pour Louis MATHET, elle se résume à ceci.

Un quidam possède un modèle réduit, en plâtre , de l’EVE de RODIN. Il lui demande de la lui reproduire en marbre. Bien que n’agissant pas pour son compte, n’ayant pas à se préoccuper de l’usage que  veut en faire  son client, Louis MATHET, sachant que la reproduction des œuvres de RODIN est réservée, lui conseille de se munir de l’autorisation indispensable.

Son client lui laisse croire  que cette autorisation est accordée, Louis MATHET se met à l’œuvre.

C’est à ce moment qu’est déclenchée l’affaire des faux RODIN !

Un mercanti sans vergogne a une provision de répliques  en marbre copiées de RODIN. Se sentant menacé, ce mercanti enfouit les statues dans une fosse où elles seront découvertes. Pour atténuer sa flibusterie, il prétend que d’autres  en font partie, parmi lesquelles MATHET reproduisant l’EVE.

C’est ainsi que Louis MATHET est inculpé dans cette affaire.

Mais le juge d’instruction a vite débrouillé la situation, a discerné la vérité et a rendu une ordonnance de non-lieu.

Outré d’avoir vu un artiste soupçonné d’indélicatesse, M. Léon BERARD, ministre des Beaux-Arts, lui offre un dédommagement et un témoignage d’estime : il lui propose de choisir entre la commande d’une œuvre originale et l’achat d’un marbre déjà prêt. MATHET lui offre  son OREADE. Quelques jours plus tard, l’achat est réalisé et payé.

 Mais la maladie implacable tenaille déjà Louis MATHET, et peu après, malgré les soins dévoués de son épouse qui le dispute avec acharnement à la mort, l’artiste succombe, et emporte avec lui non seulement l’estime, mais l’affection de ceux qui l’ont connu.

 

Ses œuvres :

  Elles sont marquées au coin d’une fraîcheur d’inspiration  parfaite et d’une probité d’exécution  irréprochable.

Dans ses œuvres, pas de prétention à la philosophie, mais un symbolisme très simple, très clair, exprimé uniment par un geste, une attitude  des personnages.

Pas d’idées complexes, technique savante, modèle simple et solide à la fois, telles sont les caractéristiques du talent de Louis MATHET, très apprécié des maîtres de la sculpture française dont il a été le collaborateur et desquels il a reçu les témoignages les plus flatteurs, les dédicaces les plus sympathiques.

-         Hésitation : statue plâtre - salon des Artistes Français (plâtre) - 1887 - œuvre remarquable qui obtint un succès considérable et de nombreuses récompenses. Elle fut reproduite en bronze. Le marbre fut acheté par l’Etat 7500 F. et attribué au Musée d’Amiens. Un moulage fut offert par Louis MATHET figure au Musée de TARBES. Un autre, en 1892, donna lieu à une fête dans le parc d’Argelès.

-         Oréade : statue plâtre - salon de 1890 (plâtre) Salon de 1891 (bronze) – Marbre acquis par l’Etat ; Musée d’Avignon – Salon de 1903 -  c’est la nymphe des montagnes, de la suite d’Artemis. Les Oréades passaient pour avoir été les nourrices de Demeter (Cérès) et de Dyonisos (Bacchus). Le plâtre d’Oréade fut exposé au Salon de 1890, le marbre fut exposé en 1903.

-         La première prière : groupe plâtre – obtint la médaille  du Salon de 1892. Evocation du Paradis Terrestre. Le modèle a été donné par Mme MATHET au Musée de Tarbes où il compte parmi les meilleures œuvres qui s’y trouvent réunies.

-         Jeune fille à la fontaine : statuette en bronze achetée à Louis MATHET et remise à l’amiral AVELLAN, commandant l’escadre, venue, au nom du tsar, saluer sa future alliée.

-         Matinée de printemps statue exposée au Salon de 1894

-         Flore exposée au Salon de 1896.

-         La fontaine Duvignau en collaboration avec DESCA et ESCOULA. Louis MATHET contribua pour une bonne part à son édification, entre 1893 et 1897. On lui doit 3 des groupes surmontant les piédestaux qui flanquent la première vasque et qui symbolisent : la Plaine de Tarbes, la Vallée d’Aure, et la Vallée d’Argelès.

-         L’inondation : groupe marbre - toute une famille fuit devant le fléau, souvenir de l’inondation dont souffrit Tarbes en 1875. Exposé au Salon de 1898, puis à l’Exposition Universelle de 1990 où il obtint une médaille d’argent, ce groupe acheté par la ville de Tarbes, placé sur la promenade de la place de Verdun, autrefois Maubourguet,  fut inauguré le 15 avril 1901 par le sénateur Jean DUPUY, ministre de l’Agriculture.

L'inondation

-         Peureuse : statuette qui figura au Salon de 1899 ;

-         Jour de fête : bas-relief marbre (2 bustes) – Acquis par le Comité des Beaux-Arts de Monaco – Salon de 1912.

-         Consolatrix : groupe exposé en plâtre en 1907, ce beau groupe en marbre sur lequel se fait sentir l’influence de RODIN, fut exposé au Salon de 1911 sous sa forme définitive et valut à Louis MATHET, une première médaille. Acheté par la ville de Paris, il a trouvé une place, enviée, au Petit-Palais des Champs-Elysées.

 Ce fut le chant du cygne. La santé de Louis s’altéra, s’aggrava rapidement et ne lui permit plus d’entreprendre des œuvres importantes. Il s’éteignit âgé de 66 ans.

 

Plusieurs bustes ont vu le jour :

M. Jean DUPUY ; M. Martial BAILE ; M. de CAILLEUX  pour le Musée de Versailles.

M. Pierre LEGLISE – Mme Pierre LEGLISE.

-         Enfant à la médaille - Salon - avant 1901.

-         Bouton de rose – Buste d’enfant -  marbre Salon 1901

-         Le Capulet – Buste d’enfant – marbre – Salon 1918

 

Statuettes :

-         A l’abri – marbre

-         Fleur des Champs – marbre

-         Réveil ou Matinée de Printemps – marbre

-         Aux Cerises – marbre

-         Charmeuse d’Oiseaux – marbre.

 

Récompenses :

En plus des récompenses qui lui avaient été décernées aux divers Salons, Louis MATHET avait obtenu

-         une médaille de bronze à l’Exposition Universelle de 1899,

-         et une médaille d’argent à celle de 1900, avec l’Inondation.

 

Il exposa à plusieurs reprises à l’étranger :

-         à l’Exposition Universelle de Saint-Louis en 1904,

-         à l’Exposition Universelle de Liège en 1905,

-         à l’Exposition franco-britannique de Londres, en 1908.

 Il était membre du jury de la SOCIETE DES ARTISTES FRANÇAIS.

 Le saccage du patrimoine de l’ artiste et l’estime d’Auguste RODIN.

 Une circonstance des plus malheureuses – la maladie de Rosalie MATHET, son épouse tombée de fatigue après la mort de son mari – fit qu’elle ne put pas assister au rangement de son atelier. Tous les papiers épars de LOUIS furent détruits en bloc, et c’est ainsi que disparurent des autographes précieux par leur origine et par leur destination.

En voici deux de RODIN, échappés par miracle à la flamme :

1-Le Maître demande conseil à son élève :

Monsieur MATHET. Vous seriez bien aimable de venir demain matin à Meudon, avenue Paul Bert. Je voudrais vous montrer le petit groupe et en même temps vous demander un conseil. Samedi vous veniez de quitter  l’atelier au moment où je voulais vous en parler. Vous m’obligeriez en venant demain matin.

Bien à vous.

A.Rodin.

2- L’amitié de RODIN :

Une photogravure ayant l’aspect d’une eau-forte reproduisant un dessin curieux, - de Rodin certainement , - figurant celui-ci en silhouette noire, au premier plan, se détachant sur un fond clair occupé dans le haut par un colossal Victor-Hugo. Au bas du dessin, sur le papier auquel il est collé, la dédicace suivante au crayon bleu :

A mon ami et collaborateur MATHET.

Aug. Rodin.

 

Auguste RODIN mort, Louis MATHET le veilla durant la nuit qui précéda les obsèques avec M. CLEMENTEL, qui fut Ministre du Commerce.

Ainsi fut la vie d’artiste de LOUIS DOMINIQUE MATHET, figure de notre Bigorre, à laquelle il a laissé l’empreinte de l’homme et de l’artiste.

La recherche de ses traces permettent aux contemporains de ce début du XXIè siècle, d’en savoir plus sur cet ami de RODIN et de lui donner la place qu’il mérite.

L’AMITIE et l’ESTIME du Maître qu’a été AUGUSTE RODIN, démontrent la valeur et les qualités que possédait DOMINIQUE LOUIS MATHET.

 Il était lui aussi, un MAITRE. Nous lui rendons hommage aujourd’hui.

 Les œuvres sont parmi nous, sa présence virtuelle par la magie de l’Internet, aussi !

 Les documents photographiques des œuvres  étant médiocres, ils ne sont pas communiqués. Nous le regrettons.

 

Merci aux Services d’Archives de la Ville de Tarbes,

Merci aux personnes impliquées dans les recherches passées ou actuelles (L. CADDAU, J. LONGUE, A. NOGARO, Michel SAUVEE…)

Michel CHEOUX le 24 août 2001

 

 

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